
Blessure au rugby : comment obtenir une indemnisation
Le rugby est l'un des sports collectifs où le risque de blessure est le plus élevé. Commotions cérébrales, ruptures des ligaments croisés, fractures cervicales, luxations d'épaule, traumatismes : chaque saison, des milliers de joueurs (amateurs comme professionnels) subissent des accidents pendant un match de rugby aux conséquences parfois sérieuses. La plupart ignorent pourtant qu'ils disposent de droits à indemnisation, que la blessure résulte d'une faute adverse ou d'un simple aléa de jeu.

Qui est responsable en cas de blessure au rugby ?
Deux situations se présentent à la suite d'un accident de rugby.
Si la blessure résulte d'une faute d'un adversaire (plaquage dangereux, jeu déloyal, geste interdit), la responsabilité civile du tiers peut être engagée sur le fondement de l'article 1240 du Code civil. La victime doit prouver la faute, le préjudice subi et le lien de causalité entre les deux. Les preuves utiles sont la feuille de match, les témoignages de joueurs, les rapports d'arbitre et, le cas échéant, les images vidéo de l'accident.
La jurisprudence exige une faute caractérisée par une violation des règles du jeu. Les associations sportives sont responsables des dommages causés par leurs membres dès lors qu'une telle faute est imputable à l'un d'eux, même non identifié (Cass. 2e civ., 22 mai 1995, n° 92-21.871 ; Cass. ass. plén., 29 juin 2007, n° 06-18.141). À titre d'exemple, un excès volontaire d'agressivité — trois joueurs se lançant sur plusieurs mètres pour percuter un maul — a été retenu comme faute caractérisée (CA Pau, 1re ch., 4 mars 2019, n° 17/02899).
L'indemnisation de l'accident est alors prise en charge par l'assurance responsabilité civile du club adverse, conformément à l'article L321-1 du Code du sport.
La responsabilité de l'organisateur peut également être recherchée en cas de manquement à son obligation de sécurité : terrain non conforme, absence de dispositif médical, non-respect du protocole commotion cérébrale. Un club dont la responsabilité a été retenue pour absence d'évaluation HIA après un choc en finale de Coupe d'Europe illustre ce type de situation.
Si la blessure ne résulte d'aucune faute (mauvais appui, contact fortuit, effondrement de mêlée sans faute identifiée) le joueur devra se tourner vers son contrat d'assurance.

Actu : le nouveau contrat d'assurance FFR, Marsh, HDI et AXA (saison 2025/2026) indemnisent l'accident de sport
Depuis juillet 2024, le dispositif d'assurance des licenciés de la Fédération française de rugby a changé. Après 38 ans de partenariat avec la GMF, géré par le courtier CGA Rugby (filiale de Colonna), la FFR a désigné un nouveau courtier : Marsh. Les assureurs sont désormais HDI Global SE, AXA et Mutuaide Assistance.
Ce changement a des conséquences directes pour les joueurs blessés. Les déclarations d'accident de sport et demandes d'indemnisation passent désormais par Marsh, et non plus par CGA Rugby ou la GMF. Les joueurs qui cherchent à contacter "CGA rugby" pour une indemnisation doivent savoir que ce courtier n'intervient plus.
Ce que couvre la garantie de base incluse dans la licence FFR : les frais médicaux, l'incapacité temporaire ou permanente, le décès accidentel. Des options complémentaires sont proposées par Marsh pour renforcer la couverture.
La Cour de cassation a déjà sanctionné un défaut d'information sur les garanties offertes par un contrat de groupe fédéral : un joueur de rugby à XIII, insuffisamment informé des faibles garanties de la police souscrite par sa fédération, avait subi une perte de chance de souscrire une assurance personnelle adaptée à son risque (Cass. 1re civ., 14 janv. 2003, n° 00-16.605). Cette jurisprudence prend un relief particulier avec le changement d'assureur : chaque joueur devrait vérifier le contenu exact de sa couverture sous le nouveau contrat Marsh/HDI.
Conformément à l'article L321-5 du Code du sport, ce contrat collectif a été conclu après appel à la concurrence. L'article L321-4 du Code du sport impose par ailleurs aux fédérations d'informer leurs adhérents de l'intérêt de souscrire une assurance de personnes couvrant les dommages corporels en cas d'accident.

Indemnisation sans faute adverse : la garantie individuelle accident
Lorsqu'aucun tiers responsable ne peut être identifié, le joueur de rugby aura besoin d'activer la garantie individuelle accident (GIA) incluse dans son contrat d'assurance FFR. Cette garantie permet une indemnisation même en l'absence de faute : elle couvre les blessures survenues en match comme à l'entraînement.
La déclaration d'accident doit être transmise à Marsh dans les délais prévus par le contrat, accompagnée d'un certificat médical initial. Un retard ou une déclaration incomplète peut compromettre la prise en charge.
Quels préjudices sont indemnisés après une blessure au rugby ?
L'indemnisation vise à réparer l'ensemble des préjudices subis par le joueur, selon la nomenclature Dintilhac : frais médicaux et de rééducation, perte de revenus pendant l'arrêt, incidence professionnelle (reconversion forcée pour un joueur professionnel dont la carrière s'arrête), souffrances endurées, déficit fonctionnel temporaire et permanent, préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de reprendre le rugby.
Pour un joueur professionnel, la perte de contrats, l'atteinte à l'image et la fin de carrière prématurée constituent des postes de préjudices spécifiques. Le montant de l'indemnisation dépend de la gravité des blessures, de l'âge du joueur, de son niveau de pratique et de l'impact sur sa vie professionnelle.
L'action en indemnisation des victimes de l'accident se prescrit par dix ans à compter de la consolidation de l'état de santé (article 2226 du Code civil).

Le rôle de l'avocat dans l'indemnisation du rugbyman blessé
Un avocat intervenant en droit du sport intervient dès les premières démarches post accident : analyse du contrat d'assurance FFR et des garanties mobilisables, assistance lors de l'expertise médicale, chiffrage des préjudices, négociation avec l'assureur. Si l'offre d'indemnisation est insuffisante, une action judiciaire peut être engagée.
L'assistance d'un avocat est d'autant plus nécessaire que le changement de dispositif d'assurance (passage de la GMF/CGA Rugby à Marsh/HDI) a modifié les interlocuteurs et les procédures. Un joueur blessé avant juillet 2024 et un joueur blessé après cette date ne relèvent pas du même contrat ni du même courtier.


À propos
Maître Michaël Bouyrie
Avocat depuis plus de vingt ans, j’accompagne et je défends celles et ceux qui font vivre le sport : sportifs, entraîneurs et agents sportifs.
Mon travail, c’est de protéger leur carrière, leurs droits et leur réputation contre toutes les décisions qui menacent leur exercice professionnel.
Je ne représente aucune institution sportive.
Je défends les acteurs du sport, ceux qui s’engagent chaque jour sur le terrain.
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